LEXIQUE ET ABREVIATIONS
PECO : Les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO) sont une notion qui regroupe depuis les années 1980 les anciens pays communistes du centre et de l'Est de l’Europe, mise à part la RDA
UE : Union Européenne
OMC : Organisation Mondiale du Commerce.
GATT : Le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), en français Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, fut signé le 30 octobre 1947 pour harmoniser les politiques douanières des parties signataires. Le traité entra en vigueur en janvier 1948.
C'est un accord multilatéral de libre-échange qui globalement est censé faire baisser les prix pour les consommateurs, mieux utiliser les facteurs de production, favoriser l'emploi dans les secteurs où chaque pays détient un avantage comparatif.
Il disparaît en 1994, l'accord de Marrakech, aboutissant à la création de l'Organisation mondiale du commerce.
Donneurs d’ordres : Ils assurent les tâches de conception et de commercialisation du vêtement
Façonniers : Ils réalisent le montage du vêtement, en fonction des spécifications des donneurs d’ordres
Producteurs en compte propre : Ils intègrent tout le cycle de production d’un vêtement, allant de la conception jusqu’à la commercialisation.
Commerce Equitable : Il consiste à commercialiser des produits de petits producteurs de pays pauvres en garantissant :
- le respect de critères sociaux minimum
- la participation au développement durable des producteurs
INTRODUCTION :
Depuis 15 ans, l’industrie de l’habillement est profondément ébranlée par une concurrence étrangère exacerbée.
D’une part, les donneurs d’ordres français délocalisent massivement dans les pays à bas coûts salariaux ; d’autre part, la distribution s’approvisionne de plus en plus à l’étranger (on appelle cette pratique le « sourcing étranger »).
Face à cette concurrence étrangère de plus en plus virulente, notamment depuis la fin de « l’ accord multifibres » en 2005, l’industrie du textile et de l’habillement subit de profondes mutations et adopte de nouvelles orientations.
Les industriels abandonnent désormais la production, pour se tourner vers la créativité, la réactivité et le service.
Quelles ont été les éléments accélérant cette mutation ? Qu’elles sont les perspectives d’avenir pour cette industrie ?
Telles sont les questions auxquelles nous allons répondre, afin de pouvoir ainsi positionner notre produit, au sein d’une industrie en crise et en mutation.
I) Le sourcing étranger
A) Evolution
Les approvisionnements en dehors de l’Hexagone sont depuis une dizaine d’années, une orientation stratégique de la distribution et des donneurs d’ordres français.
En effet, il y a dix ans, 30 % des achats de façon et de sous-traitance étaient effectués à l’étranger, et les importations étaient trois fois supérieures à la production.
Aujourd’hui, 70 % des achats de façon et de sous-traitance sont effectués à l’étranger, et les importations sont dix fois supérieures à la production.
Les conséquences sur l’emploi sont très largement visibles :
- Au niveau national, 100 000 personnes travaillent dans la filière contre 700 000 il y a 30 ans. On estime l’érosion à 7% par an.
- Depuis 15 ans, les entreprises françaises du textile et de l’habillement ont perdues de nombreuses part de marchés, entraînant une suppression de 90 000 emplois (soit près de 60% des effectifs par rapport à l’année 1990 ; voir graphique ci-dessous)
- Au cours de cette même période, la production industrielle à été divisée par 10 (voir aussi graphique)

Les 4 zones géographiques qui alimentent le marché français restent inchangées au fil du temps, mais leurs parts du marché fluctuent fortement :


La Chine est donc le grand vainqueur de ce bouleversement, au détriment des pays de l’UE et de la Méditerranée.
Les importations chinoises se sont accélérées de manière fulgurante depuis fin 2004.
Quel événement a été le déclencheur de cette ascension vertigineuse?
B) Le problème chinois
Dates Clés :
Janvier 1948 : Création du GATT (ancêtre de l'OMC) et mise en place de quotas d'import.
1974 : Accords "multifibres" (les produits textiles sont soumis aux quotas) : protection des marchés nationaux
1994 : Accords de Marakech : création de l’OMC et retour progressif, sur 10 ans, de la libéralisation des échanges.
2001 : Adhésion de la Chine à l'OMC (voir lexique)
Décembre 2004 : Fin des quotas sur les produits textiles
Juin et Septembre 2005 : Accords de Shangaï et de Pekin
1er Janvier 2008 : Fin des accords de Shangaï et Pekin, et retour à un démantèlement total des quotas.
Explications : Après la deuxième guerre mondiale, le GATT (voir lexique) a été crée afin d’améliorer les échanges et la circulation des produits.
Le but était de diminuer les risques de guerre (la fermeture des frontières ayant toujours été un facteur de conflits, des limitations ont été mises sur certains produits concernant les importations).
Cette accord concernait principalement l’agriculture et l’automobile, mais s’étendit rapidement au coton suite à la pression des producteurs américains
Le textile s’est appuyé sur cet accord pour obtenir du GATT, en 1974, son extension provisoire à toutes les matières : l’accord prend donc le nom d’ « accords multifibres ».
En 1994, les accords de Marrakech aboutissent sur 2 résolutions principales :
- Création de l’OMC
- Retour progressif à la libéralisation des échanges : les entreprises ont 10 ans pour se préparer à la suppression des quotas.
Suite à son adhésion à l’OMC en 2001, la Chine profite pleinement du démantèlement des quotas et affirme de manière incontestable son poste de 1er importateur en France.

Les répercussions au niveau des prix :
Les prix à l’importation ont chuté de 49% pour les tee-shirts. Néanmoins, cette baisse des prix à l’importation n’a eu aucune répercussion sur les prix à la consommation.
Les répercussions au niveau des emplois :
Les façonniers (voir lexique) qui n’ont que la grande distribution pour débouché peuvent nourrir de très fortes inquiétudes : pour 80 % d’entre eux, c’est quasiment la mort annoncée.
Solutions au problème chinois :
En réponse au raz de marée chinois, le parlement européen négocie avec la Chine les accords de Shangaï (Juin 2005) et de Pekin (Septembre 2005).
Ces accords provisoires, valables de septembre 2005 au 1er janvier 2008, portent principalement sur la mise en place de quotas sur l’importation chinoise de tee shirts, pull-overs, pantalons, chemisiers, robes et soutiens-gorge.
Depuis le 1er janvier 2008, un système commun de surveillance à été mis en place entre la commission européenne et la Chine.
Ce système, appelé à fonctionner pendant un an, a pour vocation de réagir en cas d’afflux trop important de tee-shirts ou de pantalons chinois.
Mais pourquoi ne pas avoir négocié de nouveaux quotas ?
Selon Mme Tokia Saïfi, député française ayant rédigée la résolution « Avenir du textile et de l’habillement après 2005 » :
« Le marché doit rester libre et concurrentiel, mais la concurrence doit être loyale […] tous les partenaires doivent respecter le mot d’ordre selon lequel une politique d’échange avec le reste du monde doit être fondée sur deux principes : l’équité et la réciprocité ».
Or, il est difficile de concurrencer un marché qui, comme le marché chinois, n'est pas libre. Les entreprises du textile chinoises sont encore des entreprises d'État et bénéficient d’aides qui faussent la concurrence (prêts sans intérêts auprès des banques d'État, subventions à l'exportation, aides déguisées, telle la fourniture gratuite d'électricité).
De plus, les entreprises qui veulent exporter vers l'Europe devraient respecter les droits de l'homme et les normes internationales sur l'environnement et le travail (ce qui n’est pas le cas de la plupart des entreprises textiles chinoises).
Ainsi, la remise en place de quotas n’est pas la solution la plus simple car, ne l’oublions pas, la Chine est le 2ème partenaire commercial de l’Union Européenne.
Même si il existe un excédent grandissant du côté chinois, l’UE exporte elle-même beaucoup en Chine : machines industrielles, voitures, avions, trains, etc…
De plus, certaines organisations non gouvernementales soulignent que limiter les importations chinoises signifie aussi limiter le développement de 100 millions de chinois qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté….
Afin d’éviter une crise identique à celle de 2005, les entreprises du secteur Textile / Habillement se sont dirigées vers une mutation profonde…
II) Mutation du secteur Textile / Habillement
A) Les 3 piliers de la nouvelle stratégie du secteur Textile / Habillement français
1) Valoriser la qualité, l’innovation et le luxe :Aujourd’hui, le consommateur demande à ses vêtements davantage de souplesse, de protection, de résistance et de facilité d’entretien. Bien au-delà du confort et de l’esthétique, les notions d’hygiène, de santé et d’écologie interviennent de plus en plus dans ses choix.
Du coup, l’industrie textile rivalise d’imagination :
Les sous-vêtements se font antimicrobiens, la lingerie se parfume, les tee-shirts sont anti-UV, les cravates antitaches, les chaussettes respirantes, les blousons thermorégulants et les combinaisons éclairantes.
Désormais, les tissus « techniques », à haute valeur ajoutée, constituent l’une des branches encore porteuse dans le textile / habillement (+3% de croissance par an depuis 2005).
La France est aujourd’hui le 2ème producteur européen de textiles « techniques ».
De plus, les entreprises françaises se positionnent de plus en plus vers le marché « haut de gamme », le véritable point fort de l’habillement européen (Paris, Milan et Londres sont considérées comme les capitales de la mode).
2) Lutter contre les contrefaçons :Tant que la créativité et l’innovation sont mises à mal par le piratage et la contrefaçon, il est difficile de faire valoir ces atouts essentiels.
Or la contrefaçon, sur le marché européen, provient à 70% de la Chine…
Il existe un moyen juridique pour lutter contre le commerce mondial de la contrefaçon : les accords ADPIC (Accords sur les Droits de Propriété Intellectuelle liés au Commerce).
Pour les députés européens, il faut donc que la Chine durcisse les sanctions à l’encontre de ceux qui violent ces règles.
3) Favoriser le Développement durable et l’image de marque :En pleine expansion sur le marché européen, le Commerce Equitable devrait continuer à progresser de manière exponentielle, principalement grâce à l’introduction de ces produits dans la grande et moyenne distribution.

En 2000, seulement 9% des Français étaient en mesure d'expliquer ce qu'était le commerce équitable, en 2004 ils étaient 56% et 74% en 2005, selon une enquête Ipsos.
Par rapport à ses voisins européens, la France accuse cependant un net retard. En 2005, on n'y comptait que 165 boutiques spécialisées (contre 800 en Allemagne ou 412 aux Pays-Bas) avec un chiffre d'affaires de 9.3 millions d'euros (20 millions en Allemagne et 30.34 millions aux Pays-Bas).

Mais comme le rappelait Victor Ferreira, président de Max Havelaar France :
" Les producteurs attendent beaucoup du marché français car il dispose d'un gros potentiel. "
Dans le domaine du non alimentaire, le taux de croissance du Commerce Equitable est estimé à 10 % par an.
Selon un sondage IPSOS réalisé en octobre 2000, 90 % des personnes interrogées donnent leur préférence à un produit issu du commerce équitable, à qualité égale.
Qu’en est il du surcoût ?
Le, surcoût du Commerce Equitable concerne principalement :
- le revenu supplémentaire attribué au salarié pour atteindre un niveau décent de rémunération
- la prime de solidarité attribuée aux centres de production pour le financement de projets économiques, environnementaux ou sociaux.
La masse salariale nécessaire pour la fabrication ne représente pas plus de 10 % du produit final.Par exemple, pour des chaussures de sport, une augmentation de 1% du prix final permettrait l’augmentation de la masse salariale de 58 % !
B) L’évolution des acteurs du Textile français :Les Donneurs d’ordre (voir lexique) :
Ils sont les grands gagnants des mutations engagées.
En effet, ils représentent aujourd’hui 65 % du chiffre d’affaires du secteur de l’habillement (alors qu’ils en représentaient 45% en 1990).
En délocalisant leur sous-traitance, les donneurs d’ordre dégagent des fonds supplémentaires pour investir en création et en distribution.
Les façonniers (voir lexique) :Sans aucun doute, ils sont les plus touchés par la mondialisation et le raz de marée chinois.
De 2000 à 2005, leurs effectifs ont fortement chutés, passant de 26 000 à 7 500 salariés.
Dans cet environnement concurrentiel rude, ils s’adaptent aux stratégies des donneurs d’ordre, en :
- Faisant des textiles « techniques » et de leur savoir-faire, un facteur de différenciation
- Se centrant sur l’industrie du luxe, qui exigent un savoir-faire spécifique et une proximité
- Offrant de nouvelles prestations, telles que l’accompagnement à la conception et la logistique.
Les producteur en compte propre (voir lexique) :Alors que ces industriels contrôlent, par définition, tout leur processus de production, ils deviennent de plus en plus donneurs d’ordre en délocalisant une partie de leur production dans les pays à bas salaire.
Entre 2002 et 2007, les producteurs en compte propre ont augmenté de 30 % leurs importations.
Conclusions :
Ainsi, il apparaît que la tendance actuelle du secteur est de se diriger vers la généralisation des donneurs d’ordre et la quasi disparition des façonniers français